Merci Saint-Nicolas

Merci Saint-Nicolas

Les souvenirs d’enfants sont parfois flous. Notre mémoire nous joue des tours, mélangeant les dates et les lieux, les moments réellement vécus et les histoires racontées par d’autres. Mais certains sont tellement vifs qu’on sait qu’ils sont réels.  Comme ma première Saint-Nicolas. 

En décembre 1989, du haut de mes 8 ans et demi, j’ai découvert que l’hiver des enfants de Belgique était illuminé d’un évènement de la plus haute importance: la Saint-Nicolas.

C’est cette année-là que j’ai entendu pour la première fois l’histoire terrifiante de ces trois enfants, découpés et cachés dans le saloir jusqu’à l’arrivée providentielle du Grand Saint. C’est durant cet hiver là également que j’ai reçu mes premières friandises de Saint-Nicolas – mandarine, speculoos, du massepain et une figurine en chocolat – juste après avoir assisté à un spectacle des marionettes de Toone.   

Des souvenirs très marquants mais pas autant que celui du 6 décembre lui-même. 

En arrivant en Belgique, maman et moi logions dans une petite chambre, dans un bâtiment communautaire. Son travail lui imposait de partir tôt et rentrer tard et je me rendais et revenais seule de l’école.

Ce 6 décembre 1989, j’ai découvert en rentrant qu’une boite était cachée sous les couvertures de mon lit. Cette boîte renfermait un cadeau que je n’aurais jamais imaginé recevoir: la voiture décapotable rouge de Barbie. Le rêve ultime pour la petite fille que j’étais, fan absolue des poupées du même nom. 

Et là, j’ai su immédiatement, au plus profond de mon cœur, que ça ne pouvait qu’être que Lui. Qui d’autre que le Grand-Saint pouvait savoir que je m’endormais chaque soir dans cette chambre misérable en rêvant de ce jouet? Qui d’autre que lui aurait pu pénétrer dans le bâtiment, dans l’appartement, dans la petite pièce dont seules maman et moi avions la clé? Qui d’autre que Saint-Nicolas pouvait se permettre de m’offrir ce cadeau luxueux? 

Je le savais en décembre 1989 et j’en suis toujours convaincue aujourd’hui: Saint-Nicolas existe.

Ne vous inquiétez pas pour ma santé mentale! Je sais que ce sont des demandeurs d’emploi ou des intermittents du spectacle payés à la journée qui font le sitting dans les centres commerciaux. Et je sais que c’est ma maman qui s’est débrouillée pour glisser ce cadeau sous mon lit. Mais je continue à l’affirmer: Saint-Nicolas existe bel et bien. Dans l’attente solennelle chez les petits enfants impatients. Dans la surprise et l’émerveillement en découvrant les petits biscuits éparpillés au sol. Dans la  gratitude exprimée par ceux qui hurlent MERCI SAINT-NICOLAS en regardant leurs cadeaux.  

C’est probablement cet évènement fondateur qui me rend tellement impatiente de voir arriver le 6 décembre, encore aujourd’hui. Pour le plaisir de gâter mes propres enfants mais aussi pour pouvoir entretenir et propager la magie de Saint-Nicolas. Cette même magie qui a comblé de joie une petite immigrée en plein cœur de l’hiver gris de Belgique.

Et vous, c’est quoi votre plus grand souvenir de Saint-Nicolas? 

Ho Grand Saint-Nicolas… (air connu)

Ho Grand Saint-Nicolas… (air connu)

Dans cette maison, la fin de l’année est chargée en beaux événements. Pour commencer, l’anniversaire de la grande mini, fin novembre. Pour terminer, Noël et son ambiance rouge et dorée. Et entre les deux, le passage tant attendu du Grand Saint-Nicolas.

C’est une tradition magique. Les listes avec les images charcutées parce que découpées par de petites mains malhabiles. Les dessins de mitres et de crosses dorées. La table, préparée la veille au soir avec de quoi boire et manger pour le Grand Saint et ses deux acolytes. Et au matin, l’excitation et le plaisir de constater qu’il est bien passé, apportant bonbons, speculoos, mandarines et cadeaux non emballés. (Paske non, le Grand Saint n’emballe pas ses cadeaux).

Cette année, cette tradition a une saveur encore plus particulière parce que c’est probablement la dernière fois que ma grande mini est convaincue de l’existence d’un vieux bonhomme qui lit tous les courriers, accroche tous les dessins et exhauce les souhaits. A deux semaines de son huitième anniversaire, elle a déjà pris le chemin qui mènera tôt ou tard à la réalité derrière la magie de Saint-Nicolas:

Comment il fait pour acheter tous les jouets ? Il n’a pas de travail ! 

Est-ce que Saint-Nicolas peut mourir ? 

Il a vraiment le temps de tout lire ? 

Machine a dit que Saint-Nicolas, c’était comme la petite souris, ça n’existait pas ! C’est vrai ? 

A chaque fois, je me contente de lui demander ce qu’elle en pense. Pour l’instant, la magie opère et les réponses qu’elle se donne à elle-même la confortent dans ce qu’elle a envie de croire.

Alors, pour cette Saint-Nicolas 2017, je voulais qu’on prenne plus de temps pour réaliser la lettre et la liste traditionnelles. Et c’est chez une blogueuse, Allo Maman Dodo, que j’ai trouvé la super bonne idée : un questionnaire qui permet de réfléchir à l’année écoulée et à ce qu’on souhaite demander. Je l’ai adapté à notre famille et au Grand Saint (celui de Allo Maman Dodo est destinée au Père Noël) et ce fut une belle découverte.

J’ai laissé une totale liberté sur les réponses, me contentant de faire la scribe pour ma Mini n°2. Nous avons discuté de ce qui a fait notre bonheur cette année, des efforts à faire entre sœurs, de leurs réussites et fiertés. Un très beau moment d’échange.

A ce questionnaire, nous avons ajouté aussi :

Une liste de cadeaux limitée

Depuis le début, j’ai mis des limites aux listes qu’elles réalisent. A la fois en quantité et en qualité. Ça apprend à faire des choix (non, on ne peut pas découper tout le catalogue de jouets) mais aussi à choisir autre chose (livres, vêtements,…) . Cette année, avec le déménagement et leurs nouveaux espaces, une catégorie « décoration et aménagement » était toute indiquée.

Un cadeau à Saint Nicolas

Parcequ’il ne s’agit pas que d’une liste d’exigences. Dire merci passe aussi par le temps qu’elles consacrent à réaliser leur cadeau au Grand Saint. La petite a opté pour le dessin rigolo, la grande pour une poésie improvisée.

Au final, nous avons passé pratiquement deux heures à discuter, rêver et bricoler.

Quand viendra la question fatidique sur l’existence de Saint-Nicolas, je pourrai lui expliquer que son rôle est de créer des souvenirs, des moments de tendresse et de partage en famille. Et ça, ça vaut tous les cadeaux du monde !