La cachette secrète 

Je ne prends plus de bonnes résolutions. Je l’ai écrit ici et je maintiens que ça ne sert absolument à rien de déclarer, encore un peu ivre des fêtes, qu’on va se remettre au sport/arrêter de fumer/maigrir/boire moins d’alcool/… Soit on se lance un défi qu’on mène jusqu’au bout, soit on se fait à l’idée que c’est pas grave. En théorie, c’est un concept intéressant et j’envie celles et ceux qui y arrivent. Mais en pratique, il y a un sujet qui revient régulièrement me hanter et que je suis incapable de mener à bien ou d’abandonner: la perte de poids.

IMC

L’année dernière, j’avais décidé une énième fois de maigrir. Et j’avais déclaré que « cette fois, c’est la dernière, promis-juré-craché! » Soit j’arrivais à devenir la belle femme mince et svelte de mes rêves, soit je me contentais à vie de ce que je suis. Je ne vais pas maintenir le suspens plus longtemps, j’ai échoué. Comme à chaaaaaaque fois. Mais pensez-vous que ça m’aura servi de leçon? Que j’ai accepté ma situation et ai entrepris de m’accepter comme je suis et d’abandonner cette idée stupide de perdre du poids?

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Bien sûr que non! Sinon, ce ne serait pas drôle. Et c’est comme ça qu’il y a quelques semaines, j’ai fait le premier pas vers une perte de poids durable et efficace.

J’ai acheté une balance. 

Bein oui, c’est évident. Tout le monde sait que la première chose à faire quand on veut maigrir ce n’est pas d’arrêter les crasses ou de remplacer les féculents par les légumes verts. Nooooon, il faut acheter une balance. Cet outil horrible qui met un chiffre sur votre mal-être physique et qui bousille votre humeur à chaque fois que vous montez dessus. Vous comprenez donc aisément pourquoi j’avais absolument besoin de cet outil merveilleux.

Sauf que voilà, je suis face à un dilemme. 

D’un côté, je me vois bien poser cette balance au milieu de la cuisine pour pouvoir monter dessus à chaque fois que l’envie de fromage/chocolat/pommes de terre me prend; la perspective de voir mon poids 16 fois par jour me semblant être un excellent coupe-faim.

Mais d’un autre côté, j’ai deux demoiselles. Et elles ont remarqué que j’étais, hum comment dire, gro…. enfin, heu, un peu plus large que les autres mamans de leur entourage, ce qui m’a permis de leur expliquer avec le sourire le plus naturel du monde que « naaaaaan, c’est pas grave d’être grosse, ça-ne-me-définit-pas-et-tout-va-super-bien ». En plus, je sais d’expérience que si vous apprenez un enfant à associer les chiffres de la balance aux notions de santé, de beauté et de valeur, il/elle détestera son corps toute sa vie.

Alors que faire? Comment faire régime sans que les enfants voient que je mange différemment? Comment perdre du poids sans trahir les messages positifs que j’essaie de véhiculer à propos des corps et de la beauté, les leurs et ceux des autres? Comment poursuivre mes propres chimères de minceur et de normalité sans les faire marcher dans mes pas? Et comment monter sur cette foutue balance sans leur donner envie de faire pareil?

Si vous avez des réponses à toutes ces questions, n’hésitez pas à partager vos trucs et astuces. J’adorerais savoir comment faire. En attendant, j’ai trouvé la solution pour la balance.

Je l’ai descendue à la cave! Ingénieux, hein? Quand je veux voir le chiffre magique qui décidera de mon humeur et mon estime de moi, je descends l’air de rien et je monte sur mon outil magique. Tadaaaaaaaam! Il suffisait d’y penser!

 

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Difficile à dire si je réussirai à mener à bien cette nouvelle mission minceur (statistiquement, c’est voué à l’échec mais c’est plus fort que moi, je DOIS réessayer) mais une chose est certaine: aucune cave n’aura été autant visitée que la mienne!

 

 

 

 

 

Maman, tu as déjà été mince avant?

Ce n’est pas la première fois qu’elles abordent le sujet ; il y a quelques temps, c’est mon ventre qui avait été au centre des discussions. Mais visiblement, l’image que renvoie mon corps travaille ma grande fille. 

J’ai demandé « avant quoi ? »

Bein « avant » tiens. Quand tu étais jeune. Tu étais mince quand tu étais jeune ? Ou tu as toujours été… 

Le mot reste coincé. 

… grosse ? renchérit sa soeur. 

Ma petite mini n’a pas encore acquis le filtre du « politiquement correct ». La grande oui par contre. Parce-qu’elle la reprend tout de suite : « Non pas ça, plutôt… élargie. Oui, c’est ça, est ce que tu as toujours été élargie ? Ou enrobée ? 

L’une rit nerveusement. L’autre cherche des mots pour ne pas prononcer celui-qu-on-ne-peut-dire. Gros. Grosse. Ce mot qui est déjà perçu par des enfants de 6 et 8 ans comme une arme qui peut blesser. 

Je sais quoi répondre. Je m’y étais préparée. Ça fait bientôt 30 ans que je suis consciente de cette réalité et il n’y avait pas de raison que mes enfants n’en soient pas conscientes un jour également. 

Mais je suis ultra attentive à la façon dont je parle de moi, de mon corps, des corps, le leur et celui des autres. 

J’ai acceuilli et accepté la question. Et je leur ai confirmé que oui, mon corps est gros, qu’il n’a jamais vraiment été autrement. Mais je leur rappelle qu’il n’est pas que ça. Il est fort, doux, résistant, comique,… 

Je leur explique aussi que je préfère qu’on dise que mon corps est gros et non pas que je suis grosse. Ce n’est pas qu’une question de mots, c’est une question de sens aussi. Je suis plein de choses : passionnée, douce, amoureuse, gentille, sympathique. Je souhaite qu’on me décrive comme ça, pas comme grosse, qui n’est qu’une des nombreuses caractéristiques de mon corps, pas de ma personne. 

Je t’aime tu sais. Comme ça, pas autrement. Ça aurait été trop bizarre que tu sois mince de toutes façons. 

Alors, on « élargit » le débat sur l’utilisation de ce mot comme une insulte, comme un mot qui fait mal. Pourquoi est-ce qu’il peut faire mal ? L’ont-elles déjà utilisé pour ça ? Ou entendu d’autres l’utiliser ?  Pourquoi ? Qu’est ce que ça provoque ? Est ce que c’est ce qu’elles souhaitent, faire mal avec des mots ? 

C’est une soirée qui part dans tous les sens, à partir d’une simple question. J’aime ces échanges avec mes minis. 

Et quand elles vont se coucher, j’y repense. Je suis drôlement fière de moi, de mes explications, de mon sourire, de mes réponses qui semblent naturelles et détendues. 

Et je me demande si j’ai réussi à donner le change… Est ce que j’ai réussi à les convaincre que c’est pas si grave, que ça ne fait pas si mal que ça, que ce mot ne continue pas à blesser même quand on est une (très) grande fille ?

Je savais quoi répondre. Je m’y étais préparée. Je n’étais juste pas préparée à avoir le coeur aussi gros que le corps…