Et si on arrêtait l’auto-sabotage ?

Parmi mes nombreuses casquettes professionnelles, je suis notamment en charge du recrutement de nouveaux collègues. Et dans ce contexte, j’utilise LinkedIn pour diffuser nos offres d’emploi et recruter des candidats intéressants. Si ce réseau professionnel semble nébuleux pour beaucoup de ses utilisateurs, c’est un outil vraiment intéressant pour les recruteurs.

Il y a deux semaines, j’ai donc commencé mes recherches en utilisant critères et mots-clés pertinents jusqu’à trouver des personnes au parcours intéressant. Et à chaque fois, j’ai envoyé un petit message expliquant ma démarche et les postes ouverts au sein de mon entreprise. En tout, j’ai bien du contacter quelques dizaines de candidats potentiels.

En soi, le procédé est tout à fait classique. Ce qui l’est moins, c’est le type de réponses reçues:

– Le poste est intéressant mais je n’ai pas beaucoup d’expérience vous savez…
– Ca me semble chouette mais je suis fort jeune.
– Le poste est vraiment intéressant et je recherche de l’emploi mais mon niveau d’anglais n’est pas excellent et je n’ai pas encore fait de management.
– Merci d’avoir pensé à moi mais je ne suis pas sûre de convenir.

Le point commun entre ces phrases? Chacune a été écrite par une femme.

Les messieurs, eux, sont moins nombreux à avoir pris le temps de me répondre. Et quand ils l’ont fait, c’est avec des réponses plus assertives:

– Je ne souhaite pas faire autant de route pour aller travailler.
– Merci mais mon poste me convient très bien.
– Merci, je vais y réfléchir.
– Je suis disponible vendredi de 9h à 15 pour en discuter.

Vous voyez la différence? Aucun ne s’est excusé. Aucun n’a diminué ses compétences. Aucun n’a eu peur de me dire que ça ne l’intéressait pas.

Bien sur, je suis consciente qu’il ne s’agit pas d’une analyse scientifique avec un panel représentatif. Ce sont juste mes impressions sur base d’une poignée de réponses reçues dans un court laps de temps.

Mais c’est interpellant, non?

Pourquoi ces femmes ont-elles choisi de me répondre de cette façon? En s’excusant? En considérant que j’avais du me tromper? En attirant mon attention sur ce qui leur manque alors que j’en étais juste au stade de la prise de contact? En réduisant leur valeur et leurs compétences?

Je ne dis pas qu’elles auraient été engagées. L’analyse du CV et l’entretien servent justement à sélectionner les candidats qui correspondent le mieux aux besoins de l’entreprise. Mais elles auraient pu tenter le coup, miser sur leurs forces, attendre que je fasse mon boulot de recruteuse en dénichant leurs failles toute seule. Elles auraient pu embrayer sur mon intérêt et tenter de décrocher un rendez-vous. Ou elles auraient pu ne pas répondre, si vraiment elles ne correspondaient pas.

Je ne juge pas ces réponses, je m’interroge.

Qu’est-ce qui conduit tant de femmes – dont moi – à se diminuer au lieu de sauter sur une opportunité?

Est-ce un souci d’éducation? Parce qu’on encourage les filles à être modestes, humbles, discrètes, à ne pas se faire remarquer? Parce que « la gagne », la compétition, le succès sont valorisés plutôt chez les garçons?

Une conséquence de parcours professionnels en demi-teinte, où on a intégré l’idée que entre le congé de maternité et les gamins à aller chercher tous les jours, on devait se contenter de peu?

Un tel niveau d’exigence envers soi-même qu’on estime que si ce n’est pas parfait à 100%, ce n’est pas bon du tout?

Ca doit être un peu de tout ça à la fois…

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Inverser la tendance

J’ai répondu à chaque candidat individuellement, en invitant celles qui hésitaient à prendre le temps de la réflexion et à tenter le coup si elles en avaient envie. Je ne suis pas coach et mon rôle doit s’arrêter là. Mais je garde ça en mémoire, comme une piqure de rappel pour les jours où j’ai moi-même envie de répondre « non, je suis nulle » ou « non, je n’y arriverai pas » quand on me sollicite.

Prenons conscience de nos forces. Osons croire en nos talents. Et arrêtons de nous diminuer aux yeux des autres (et des nôtres!). On le mérite bien.

A lire aussi: Je vous invite à aller lire/écouter les propos de So Fille! sur le syndrome de l’imposteur dans une de ces récentes chroniques.

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Un commentaire sur « Et si on arrêtait l’auto-sabotage ? »

  1. C’est vraiment fou et il me semble que ça a été démontré dans des études (ce n’est pas la première fois que j’entendais ça, un peu comme le fait que les pères de famille sont systématiquement priviligiés à l’embauche -puisque jugés responsable ambitieux etc., alors que les mères de familles sont elle handicapées par leur statut familial) … Dans une vie antérieure, je partageais un bureau avec la responsable RH et je me rappelle très bien comme beaucoup de candidatures réveillaient son âme de coach mais comme tu le dis, ce n’est pas votre métier et je vois bien le côté frustrant que ça peut avoir !

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