C’est si mignon que ça, un enfant qui pleure ?

Les vidéos de bébés ou d’enfants, c’est presque aussi mignon et viral que les vidéos de chats! Une fois lancées sur les réseaux sociaux, même longtemps après la publication originale, ces vidéos sont likées et partagée des centaines de fois. Faut dire qu’entre les éclats de rire communicateurs, les spectacles de danse ou les réflexions amusantes, les marmots sont une source de gags permanents.*

Ce qui m’interpelle c’est lorsque, au lieu de partager un moment sympa, les parents diffusent des vidéos où l’enfant est visiblement en détresse. J’ai encore vu passer un exemple récemment. Une petite Sophie est filmée pendant qu’elle se fait gronder pour avoir mis du vernis sur ses poupées… parce qu’elles lui auraient demandé de le faire. Cette carabistouille, inventée par la demoiselle pour expliquer sa bêtise, provoque un paquet de « love », de « Mhoooooo, c’est trop mignon » ou de « Looool, elle est prête pour l’adolescence » .

Et bien cette vidéo m’a rendue triste.

D’abord parce que cette petite fille n’est pas dans le jeu ; elle est juste bouleversée et effrayée de se faire gronder pour sa bêtise. Lorsque je regarde cette vidéo, je ne vois que ses yeux rouges, sa voix qui se casse, sa lèvre qui tremble, ses sanglots… et j’ai juste envie de la consoler. A chaque vidéo de ce genre, je me pose la même question : comment peut-on continuer à filmer quand, visiblement, l’enfant a besoin d’aide pour gérer les émotions qu’il vit ?

Ensuite, j’ai la désagréable impression d’être entraînée dans un moment intime, celui où un parent explique à un enfant pourquoi il /elle est grondé.e ou puni.e. Un peu comme si j’assistais à travers une vitre à une scène qui ne me regarde pas.

Et enfin, je suis mal à l’aise parce que cette enfant est filmée dans une situation négative, où l’effet comique vient de la moquerie et non pas d’une volonté de la demoiselle elle-même de faire rire son public.

Mon coup de gueule semble exagéré ?  Et si c’était un ado dans la même situation ? Imaginez un peu… Elle/il a fait une connerie, vous l’engueulez et il/elle se met à raconter un truc quelconque et à pleurnicher pour ne pas être puni. Qui trouverait logique de filmer la scène et de la publier sur les réseaux sociaux ? Et cette vidéo recolterait-elle autant de « j’adoooooore » , « C’est trop mignon » et de « lol » que celle de Sophie qui entend parler ses poupées ?

Mais un jeune enfant, c’est visiblement pas pareil.  Comme si être petit, mignon et plein d’imagination (et ne pas posséder un compte Facebook) pouvait justifier d’être mis publiquement dans des situations embarrassantes.

Un jour, nos enfants verront ce que nous avons publié et raconté sur eux. Seront-ils heureux de l’image publique qu’on leur construit ? Je n’ai pas de réponse toute faite à cette question (et j’y réfléchis en permanence, mes minis étant au centre même de ce blog et de ma vie, publique et privée) mais elle me semble cruciale en tant que parent 2.0.

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* Cette présence sur les réseaux sociaux pose aussi la question de la protection de nos enfants et de leur image mais c’est un sujet plus vaste, qui mériterait un traitement à part entière.

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