Le coeur de l’Enfance

Embrouillaminis n’a pas été choisi au hasard. Je vous le disais ici, il me fallait un nom qui non seulement reflète ma vie avec mes deux minis demoiselles mais qui soit aussi à mon image: mélangé, bigarré, désordonné. Parmi les mélanges qui déterminent fondamentalement ce que je suis, il y a ma double culture, mêlant le Portugal qui m’a vue naître à la Belgique qui m’a accueillie quelques années plus tard.

Je suis née dans une ville du Nord du Portugal, j’ai déménagé d’un côté à l’autre, vécu dans plein d’endroits différents, changé de pays, puis d’appartement, encore et encore et encore. Pas d’amis qu’on peut littéralement appeler « d’enfance », pas de maison familiale avec un chambranle marqué par ma taille année après année. Mais au milieu de ce chaos, j’ai rapidement trouvé mon ancre, mon refuge, dans un minuscule village situé derrière les montagnes (traduction littérale de la région de Trás-os-Montes) où j’ai passé chacun de mes étés d’enfance avec ma grand-mère.

cerva

De ces moments, je garde des souvenirs forts, marquants, inoubliables.
Les odeurs
Celle de la terre chaude après la pluie. Celle végétale, les matins où la rosée a tout humidifié. L’odeur du pain, que mon Avò déposait sur ma table de nuit en allant travailler et que je découvrais à mon réveil.
Les goûts
Les légumes, déterrés dans le potager et aussitôt dévorés. L’eau, qu’il fallait aller chercher à la source parce que les robinets n’étaient là que pour décorer. Les fruits, gorgés de soleil.
Les couleurs
Le vert à perte de vue. Le bleu du ciel. Le blanc de la chaux appliquée sur les murs une fois par an. Le rouge du raisin à portée de mains.
Les rituels
Les lacets de montagne, épreuve douloureuse pour mon estomac mais signe que j’étais sur le bon chemin.
Les boucles d’oreille en or, qui ne s’enlevaient plus parce qu’elles avaient été portées toute une vie, mais que je nettoyais avec application à chaque retour.
Les lumières, à éteindre dès que ce n’était pas indispensable, pour ne pas gaspiller.
Les longs moments où il n’y avait rien à « faire ». Juste être là. Rêvasser. Attendre. Contempler. S’ennuyer.

J’ai certainement dû râler. Tout plein. Sur les côtes à grimper, l’eau à porter, l’interdiction de jouer avec les garçons, l’ennui,…
Mais au final, ce lieu, ce lien, ces souvenirs, c’est le coeur de mon enfance.

Aujourd’hui, quand je regarde grandir mes minis, je me demande souvent de quoi sera constitué le coeur de leur enfance. Elles ont une vie à mille lieues de la mienne au même âge, vivent dans le confort et l’abondance, ont accès à un nombre incalculable d’activités. Et elles râlent aussi, sur un millier de trucs. Mais est-ce de ça dont elles se souviendront dans quelques dizaines d’années?

Mon voeu le plus cher est qu’elles ne gardent que les souvenirs marquants, forts, inoubliables. Les odeurs, de pâtisserie et de parfum de vanille. Les couleurs, qu’on affiche sur les murs. Les rituels, les pâtes bolo du mardi et le dessin animé du samedi. Et l’Amour aussi. Le ciment avec lequel on construit une enfance et une vie.

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